Le Maroc face à la crise mondiale
admin | 9 juillet 2009Enjeux et orientations de politiques publiques.
L’éclairage pertinent de l’IRES sur les risques à surveiller.
Dans un contexte externe détérioré, l’économie marocaine aura fait, certes, preuve d’une résilience avérée que démontre l’importance des progrès réalisés au cours de ces dernières années.

Ses atouts sont le fruit d’un processus continu de réformes qui s’est accéléré depuis le début de la décennie en cours. La politique macroéconomique a, en effet, permis de consolider les fondamentaux internes et externes, comme le reflètent les données sur une longue période au plan budgétaire, de l’inflation et des comptes extérieurs. En outre, l’accélération des réformes structurelles et celles des secteurs pour lesquels le Maroc dispose d’avantages comparatifs, dans le cadre de visions stratégiques à moyen et long terme, ainsi que l’augmentation significative de l’investissement dans le domaine des infrastructures, ont contribué à consolider la stabilité macroéconomique et à soutenir la croissance. Seulement voilà, ces ressorts risquent de ne pas jouer pleinement, compte tenu des soubresauts qui continuent d’affecter l’environnement international. C’est, en tous les cas, ce qui ressort d’une étude élaborée par l’Institut royal des études stratégiques (IRES). Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’un éclairage fort pertinent sur les développements majeurs de la crise mondiale à court et à moyen terme et ses impacts sur le Maroc.
Au demeurant, une démarche qui devrait capitaliser d’emblée le processus de réflexion et de veille sur la crise mondiale initié depuis novembre 2008 par cet institut. D’emblée, et même si l’on reconnaît que les atouts du Royaume lui ont permis de préserver ses équilibres internes et externes, on estime que la crise économique mondiale a révélé davantage encore la nécessité de remédier plus rapidement et plus profondément à certaines fragilités structurelles.
«La persistance d’une conjoncture déprimée au niveau international laisse présager que les canaux initiaux de transmission de la crise au Maroc demeureront opérants dans le court terme. Des développements critiques pourraient concerner les réserves en devises, la dynamique économique intérieure, le marché de l’emploi et les acquis sociaux ainsi que les finances publiques », peut-on lire dans un document exhaustif récemment publié par l’IRES. En premier lieu, il faut savoir que les perspectives de croissance des partenaires économiques du Maroc demeurent moroses. La France, l’Espagne et l’Italie anticipent un recul de plus de 3% de leur PIB en 2009 et une augmentation sensible de leurs taux de chômage.
Dans ce contexte, les transferts des MRE connaîtraient en 2009 une réduction allant jusqu’à 10%, d’après un scénario moyen de Standard & Poor’s, soit une diminution d’environ 5 MMDH.
Au chapitre de l’activité touristique, l’évolution laisse présager qu’au Maroc, malgré le probable maintien du nombre d’arrivées de touristes, le nombre de nuitées et les recettes du tourisme poursuivront leur baisse. En somme, et selon les auteurs du rapport de l’IRES, « les différentes prévisions, qu’elles concernent la conjoncture économique des pays partenaires, le commerce international ou encore le tourisme, concourent à l’aggravation de la détérioration de la balance des paiements et à la réduction des réserves en devises ». La baisse des prix des matières premières ne permettra de limiter cette tendance qu’en partie. Fin 2008 déjà, signale-t-on, la balance courante a dégagé un déficit de 5,6% du PIB, imputable en particulier au déficit de la balance commerciale. Les réserves de change ont régressé de 11,5 MMDH en 2008, ramenant la couverture à 6,6 mois d’importations. Par ailleurs, la ponction sur les devises pourrait être aggravée par des désinvestissements d’opérateurs étrangers dans les activités fortement touchées ou dans celles faisant l’objet d’incitations importantes au retour dans le cadre des plans de relance européens (offshoring, sous-traitance industrielle…). Ensuite, fait-on savoir, la détérioration des réserves de change deviendrait critique si les marchés des matières premières et de l’énergie anticipaient la sortie de crise et s’orientaient prématurément à la hausse.
Certes, ces dernières années, l’augmentation significative des revenus des ménages a permis de développer le marché intérieur, principalement des biens de consommation et du logement. Il est vrai aussi que cette dynamique a constitué le principal moteur de croissance et a été amplifiée pendant les bonnes années agricoles. Cependant, note le rapport, le tourisme et les transferts des MRE ayant un fort effet d’entraînement sur différentes industries domestiques, une poursuite de la déprime de ces activités aurait pour conséquence l’extension du ralentissement économique au-delà des secteurs d’activité directement liés à la conjoncture internationale. Une telle évolution freinerait de fait la dynamique de croissance interne. Cette tendance serait aggravée en 2010 en cas de mauvaise campagne agricole. En particulier, les secteurs des BTP et de la promotion immobilière pourraient être touchés par une baisse de la demande.
L’extension progressive du ralentissement économique à l’ensemble des secteurs d’activité accentuerait les difficultés sur le marché de l’emploi. Dans ce cas, les risques de précarisation en milieu urbain, de pauvreté en milieu rural et d’instabilité sociale deviendraient importants.
Ces difficultés pourraient être aggravées par de nombreux facteurs, tels qu’un phénomène de retour des migrants en cas de prolongement de la crise dans les pays européens ou, encore, une accélération de l’exode rural en cas de mauvaise campagne agricole en 2010. Si la pauvreté a été nettement réduite ces dernières années, près de 20% de la population marocaine demeure en situation de vulnérabilité et risque de retomber dans la pauvreté, en l’absence de filets sociaux structurels. Les difficultés sur le marché de l’emploi et la baisse de l’activité économique feraient peser des risques importants sur la sphère financière.
Des défauts de paiements, voire une insolvabilité, en augmentation, des ménages et des entreprises pourraient conduire à une fragilisation du système bancaire, accentuée par une éventuelle décélération du secteur immobilier.
A leur tour, les marges de manœuvre budgétaires seraient sensiblement réduites en cas de prolongement et d’approfondissement de la crise, malgré la baisse quasi certaine des charges de compensation par rapport à 2008. Face aux effets de la crise, l’Etat aurait à accroître ses dépenses pour atténuer les impacts sur le plan intérieur alors même que ses recettes fiscales seraient affectées.
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Les chantiers de l’après-crise
Pour l’IRES, le Maroc devrait résoudre les problématiques structurelles dont le caractère critique a été exacerbé par la crise actuelle et préparer avec détermination l’après-crise. Le premier impératif au plan social sera de maintenir la confiance et d’entretenir un climat social serein, en approfondissant les programmes de développement humain (INDH, éducation, santé), en renforçant le dialogue social et en activant les espaces de médiation sociale, en particulier le Conseil économique et social (CES) qu’il serait opportun de mettre en place rapidement. Au plan institutionnel, il est proposé de mettre en place un cadre approprié de coordination des politiques publiques (comité interministériel, instance dédiée, institutionnalisation du «comité de veille stratégique»). Le chantier le plus urgent au plan économique consiste à remédier définitivement à l’érosion de la compétitivité de l’économie nationale, en œuvrant notamment à rehausser la productivité des entreprises et la qualité du capital humain. La crise actuelle rappelle le caractère décisif de l’ancrage à des ensembles régionaux solides et intégrés.
Par Abdelali Boukhalef















